Le Comte Philippe de La Rochefoucauld nous raconte l'histoire de Granges-Maillot :

« L’origine géographique de Maillot est située à proximité immédiate de la ferme du Gros- Maillot, au bord  de la route Chantrans-Sombacour, qui correspond en fait à l’antique voie romaine reliant Besançon à Pontarlier. C’est là que se situait l’ancien château cité pour la première fois en 1265 sous le nom de «Chastel Maillet ». L’étymologie du nom « Maillet » ou « Maillot  » est apparemment inconnue. 
C’est une forteresse qui appartenait à Isabelle de Chay, épouse de Richard de Scey-Montbéliard. Au pied du château s’est développé un bourg signalé dès 1277. Nous savons que le bourg existait encore au 16ème siècle parce qu’un document daté de 1544 indique que l’empereur Charles-Quint y autorise la tenue d’un marché chaque semaine (le jeudi) , et la foire annuelle « le 22ème jour de janvier, fête de la Saint Vincent, pour y vendre, acheter et distribuer toutes sortes de marchandises », à charge pour le seigneur de Maillot  « d’avoir et maintenir édifices de halles et places communes à mettre et poser marchands et marchandises ».
Rappelons que la Franche-Comté  était alors espagnole et que par conséquent la seigneurie de Maillot n’était pas soumise à l’autorité du roi de France, François 1er, mais à celle du roi d’Espagne, Charles-Quint.

Au 15ème le château est démoli par l’armée française qui, sous le règne de Louis XI, a essayé en vain de conquérir la Franche-Comté. Il est reconstruit en 1516 par Jean de Scey. Un inventaire de 1584 nous  donne un aperçu du nouvel édifice : L’ensemble était accessible par un pont-levis. Derrière la poterne d’entrée se trouvaient une écurie (contenant alors 6 chevaux), une bergerie (20 moutons), un saloir, une cave-remise. Le bâtiment d’habitation comprenait 9 chambres, une garde-robe, une pièce servant de poudrière, une grande salle, trois cuisines, un four, un atelier, une chapelle, une bibliothèque. Le seigneur de l’époque, Anatole de Scey, préférant sans doute dormir tranquille, avait installé « Madame » à la bibliothèque.
Un document de 1582 nous laisse entendre qu’à cette date le bourg de Maillot cité dès le 13ème siècle n’existe plus. Il y a à l’Ermitage (emplacement  de la ferme du même nom détruite par un incendie le 1er août 2015) une communauté constituée de 5 « mainmortables  » (terme ancien que l’on peut traduire approximativement par « foyers ou ménages ») et, dispersées sur tout le territoire, les « granges »,  qui sont des fermes isolées.

Arrive le 17ème siècle. On ne sait par quel hasard le château n’a pas été détruit au cours de la Guerre de Dix Ans (1634-1644), si meurtrière pour notre région. Mais un recensement de 1593 indique 73 habitants à Maillot, tandis qu’un autre de 1657 n’en signale plus que 15 : pillages, maladies, famines, étaient passés par là. C’est au cours de ce 17ème siècle que, selon mes sources, apparaissent pour la 1ère fois la Grange de Maillot (actuelle ferme du Gros-Maillot) (1685) et la Grange de Billefaine, ou Bellefaine (exploitée actuellement par le GAEC de Maillot-Bouriot) (1691).
Au début du 18ème siècle est signalée la Grange Jacquot (du nom d’une famille qui a exploité cette ferme pendant plusieurs générations). C’est l’ancienne ferme de la Part (ou l’A Part) : elle semble n’avoir jamais fait partie de la seigneurie de Maillot. Au bord de l’actuelle RD 356, sur les pâtures de la Calèche existent aussi la Grange Cardey et la Grange Myrra. Je ne saurais dire à quelle époque ont disparu ces deux habitations. Mais un bail de 1839 nous indique que le nouveau locataire de Bellefaine, Jacques-Joseph Vorbes, venant de Sombacour, et son épouse, Anne-Scholastique Vieille, loueront en même temps la Calèche, « anciennement Myrra ».
Est également mentionnée au début du 18ème siècle la Grange d’Arondey, ou Arondel : cette ferme, dont les pâtures bordaient le territoire de Reugney, a disparu au cours d’un incendie provoqué par la foudre en 1868.
Plus tard, au 18ème siècle apparaît la ferme du Chalet exploitée depuis 1923 par la famille Régnier-Siron. Son nom à l’origine était « le chalet de l’Ermitage  » parce qu’on y fabriquait le fromage. La Ferme de l’Ermitage, citée en 1665 (et qui a sans doute remplacé les différentes habitations mentionnées en 1582) portait à l’époque le nom de « Vieil Ermitage  ». Une carte des années 1750  montre que le chemin «carrossable » menant de Maillot à Levier était l’actuel chemin de Malessart, qui, longeant les bâtiments de la ferme de la Cuvette, rejoint la Joux (ancienne route de Levier à Ornans). Je pense que la Cuvette, exploitée depuis 1943 par 3 générations successives de la famille Régnier, a été construite au milieu du 19ème siècle : je n’ai aucun renseignement sur cette ferme avant 1900.

Revenons à l’ancienne seigneurie de Maillot. Le château, reconstruit en 1516 est définitivement détruit par un incendie en (ou vers) 1773.
Arrive la Révolution : Le seigneur, Pierre-Georges de Scey, à qui appartient également le château de Buthiers, dans la Haute Saône, doit émigrer. A son retour d’émigration, criblé de dettes, il se trouve dans l’obligation de vendre sa seigneurie de Maillot. Tout en conservant son château de Buthiers il s’installe au Brésil pour se refaire une santé financière dans l’exploitation et la commercialisation du café, et meurt à Rio de Janeiro en 1847. Son descendant à la 5ème génération, le Marquis de Scey-Montbéliard, est toujours propriétaire du château de Buthiers.
A la suite de la vente du domaine de Maillot par la famille de Scey, le domaine appartient au début du 19ème siècle à un certain Louis-Balthazar Prost, négociant à Strasbourg, qui le revend en 1825 à deux maîtres de forges associés habitant à Lods, dans la vallée de la Loue, Messieurs Vautherin et Vuillier. Les héritiers du second, devenus seuls propriétaires, remettent en vente l’intégralité de leur domaine en 1846. Le Marquis de Moustier (le grand-père de mon grand-père) achète alors 189 hectares à l’est du domaine, c’est-à-dire les fermes du Gros-Maillot et d’Arondel. Son beau-frère, le Marquis de Saint-Mauris, acquiert  tout le reste, y compris la Ferme de la Part (ancienne « Grange Jacquot ») dont il réussira à devenir propriétaire quelques années plus tard. En 1857 le Marquis de Saint-Mauris entreprend la construction d’un nouveau château, à son emplacement actuel, avec ses dépendances.
La fille du Marquis de Saint-Mauris n’ayant pas d’enfant vend le domaine au début du 20ème siècle à un marchand de biens d’Arbois, Monsieur Boilley, qui le revend en 1905 à mon arrière grand-père, René de Moustier. Celui-ci possédant déjà les 189 hectares hérités de son père se retrouve donc à la tête de tout le domaine limité à l’est par Amathay-Vésigneux, à l’ouest par Labergement du Navois, au nord par la crête Reugney-Bolandoz, et au sud par Levier.
Depuis cette date la propriété est restée dans notre famille. 
Entre 1922 et 1932, René de Moustier  reconstruit entièrement le château, lui donnant sa configuration actuelle. Il est élu en 1921 sénateur du Doubs et, détail intéressant, l’architecture de la nouvelle maison rappelle un peu, toute proportion et toute modestie gardées, celle  du palais du Luxembourg où siège le sénat. On peut donc penser que s’il était resté député il aurait été influencé par un autre  style.
De mai à septembre 1940 : des maquisards, dont le nombre a atteint le chiffre de 200, se sont cachés dans les bois dominant la ferme de Bellefaine. Les Allemands, ayant appris l’existence de ce maquis, se dirigent alors vers Maillot. Tandis qu’ils s’en approchent un enfant leur dit : « N’allez pas à Maillot, il y a 6 000 hommes ». Il n’y en avait en fait que 200, mais c’est grâce à l’intervention de cet enfant que les Allemands rebroussèrent chemin et que Maillot ne fut pas saccagé.
Du point de vue municipal l’ancienne seigneurie de Maillot est devenue commune de Granges-Maillot au moment de la Révolution. 
A l’instigation du député Edgar Faure, nous avons été rattachés à Levier en 1974 par un contrat d’association. Mon père qui était maire à l’époque est devenu par le fait même maire délégué. Je l’ai remplacé en 1977. Au cours du conseil municipal du 23 septembre 2017, la suppression de Granges-Maillot en tant que commune associée a été votée à l’unanimité moins 2 voix et devient effective le 2 janvier 2018."

Quand je passerai devant le local désaffecté de l’ancienne mairie je ne manquerai pas de me rappeler le mot du poète : «  C’est toi qui dors dans l’ombre ô sacré souvenir  ».
                                                                                                                   Philippe de La Rochefoucauld